Le Serious Game Blog

ARCHIVE DE LA CATEGORIE 'réflexions'

Enquête chez les muchachos

Lundi 24 novembre 2008
Que savez-vous de l’Amérique Latine ? Je veux dire, à part le fait que l’on y parle majoritairement espagnol, que les Incas vivaient dans le coin avec des ponchos et des lamas, et que toutes les Brésiliennes ont des maillots très, très petits ? Si la réponse est : pas grand-chose de plus, vous êtes excusé parce qu’il est vrai que les média ne parlent pas beaucoup de cette région du monde.

Vous aurez cependant une chance de vous rattraper avec Global Conflicts : Latin America. Ce jeu pour ordinateur, disponible aussi en version courte sur le Net, a été réalisé par Serious Games Interactive, la boîte danoise qui avait réalisé un premier jeu sur le conflit israélo-palestinien.

Global Conflicts : Latin America vous permet d’incarner un ambitieux journaliste chargé d’enquêter sur des missions aussi diverses que la pollution causée par les maquiladoras (vous savez, ces grandes usines US construites à la frontière mexicaine) au Mexique, l’esclavage moderne en Bolivie ou la corruption politique au Guatemala. Pour mener vos enquêtes, il faudra interroger différents interlocuteurs, constituer des dossiers et utiliser les preuves adéquates contre les « boss de fin de niveau ».

Si le jeu est pédagogiquement extrêmement intéressant (il peut par exemple être utilisé en cours par les professeurs qui peuvent disposer de ressources spécifiques), le gameplay est assez lassant car le procédé d’investigation est assez répétitif : déplacer son personnage dans un espace 3D, poser des questions à des personnages grâce à un tableau de bord somme toute assez sommaire… Cependant je vous engage vraiment à découvrir la première des 5 missions directement en ligne ou tout au moins en vidéo bande-annonce.


La fin de l’humanité pour bientôt ?

Mercredi 1 octobre 2008
MMFG ; c’est le nom donné à un nouveau genre de jeu qui verra le jour le 6 octobre. MMFG signifie Massively Multiplayer Forecasting Game, à savoir en français, un jeu d’anticipation massivement multijoueur.

Le premier du genre s’intitule Superstruct et propose d’envisager l’avenir de l’humanité en 2019. Le joueur est invité à chroniquer le monde dans ce futur proche, en répondant à l’un des 5 scénarios correspondants à 5 « super-menaces » auxquelles nous risquons d’être confrontés comme l’anarchie, la crise énergétique ou encore l’exode massif…

The Institute for the Future, à l’origine du jeu, nous présente donc le monde tel qu’il pourrait être. Au joueur ensuite de montrer comment il se comporte dans l’un de ces scénarii catastrophe, en utilisant les supports de communication de son choix.

Car ce jeu d’un nouveau genre a la particularité de solliciter la participation du joueur sur des forums, des blogs, des wikis, des vidéos ou d’autres réseaux de communication online. Pas de plateforme en soit donc, plus proche d’un jeu de rôle, Superstruct s’intègre complètement dans l’univers 2.0 et laisse libre cours au joueur pour s’exprimer et témoigner.

La manœuvre est censée permettre aux scientifiques de prévenir les futurs bouleversement que notre planète pourrait connaître. Car même si Superstruct vise aussi à démontrer qu’il n’y a aucune fatalité, il nous conduit sur la route dangereuse que l’humanité est en train de prendre.

Un groupe Facebook a été créé en attendant le lancement officiel sur Superstructgame.org.


Le poids de Mao, le choc des photos

Lundi 9 juin 2008
C’est le 8 août prochain qu’aura lieu la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin. Et en parlant de flamme olympique, on sait combien c’est un sujet brûlant. C’est pourquoi Amnistie Internationale, la section canadienne d’Amnesty International, a demandé à une équipe de 7 développeurs bénévoles québécois de réaliser un jeu sérieux afin de sensibiliser le monde au problème des Droits de l’Homme en Chine.

Baptisé Des Images pour la Vérité, ce jeu vous permet d’incarner un journaliste-photographe qui devra porter secours à son ami militant détenu par la police. C’est en faisant des investigations, en obtenant et en publiant des informations clefs et des clichés compromettants que vous sauverez Willy Jun Shen, l’ami en question.

Côté graphismes, Des Images pour la Vérité est inspiré de l’univers bédé et manga, ce qui permet, de façon judicieuse, d’éviter le développement d’un univers trop complexe. Le jeu a été développé en 3 langues pour que le maximum de gens puissent accéder au jeu, et c’est aussi une bonne idée. Mais si le gameplay est assez plaisant, les missions et les messages auraient pu être plus poussés (le jeu peut en revanche susciter un débat intéressant sur le sujet en offline). Enfin, on peut déplorer le fait que le développement ait été réalisé en XNA et que le jeu requière DirectX : les utilisateurs de Mac et les gens n’ayant pas de carte graphique suffisamment puissante n’auront pas le loisir de pouvoir jouer aux apprentis photographes.

Pour ceux qui veulent télécharger le jeu, c'est ICI.


Rapport qualité-prix ?

Vendredi 6 juin 2008
L’IDATE (l'un des premiers centres d'études et de conseil en Europe dont la mission est d'accompagner les décisions stratégiques de ses clients sur les secteurs Télécoms - Internet – Médias) vient de sortir une étude sur les serious games. Cette étude explore le serious gaming dans l'optique d'en identifier les caractéristiques, les usages et les différentes familles. Elle présente les approches et enjeux des phases de conception, de développement et de diffusion des différents types de serious games. Le rapport analyse aussi les perspectives et leviers de développements qu'offre le serious gaming au niveau industriel.

La modique somme de ce rapport de 70 pages? Ni un, ni deux, mais 3000 euros HT. Soit 42€ la page. Heureusement que les soldes commencent le 25 juin…


L’eau, c’est beau

Vendredi 9 mai 2008
A l’occasion de la Semaine du Développement Durable, qui s’est déroulée du 1er au 7 avril dernier, de nombreuses initiatives de sensibilisation ont été mises en place. L’agence Kaïlis Design a ainsi créé un jeu de sensibilisation à la gestion durable de l’eau à destination du grand public : Haya – L’eau c’est la vie.

HAYA, c’est le voyage poétique à travers le désert de 3 animaux très différents mais pourtant complémentaire. Il y a tout d’abord l’abeille, qui mène la caravane que vous dirigez à la souris (la souris n’étant pas un des animaux, mais celle de votre ordinateur…). L’abeille, qui a besoin d’eau, tire derrière elle un gros poisson rempli du précieux liquide. Quant à la grenouille, notre 3e comparse, elle cueille des étoiles-points pour ses deux amis mais a besoin du poisson pour faire vivre ses têtards. C’est donc une drôle de caravane qu’il vous faudra mener d’une oasis à l’autre en gérant l’eau du poisson et en évitant les obstacles.

Chaque joueur qui réussit à amener la caravane à bon port voit sa performance enregistrée. Mais la où d’autres feraient un simple classement, HAYA symbolise l’ensemble des scores par une constellation à laquelle chacun participe. C’est ainsi en coopérant tous ensemble que l’on arrivera à mieux gérer les réserves en eau. Poétique, non ?


Lara Capello ?

Samedi 29 mars 2008
Quel est le point commun entre Lara Croft et Maître Capello ? … et non, ce n’est pas le tour de poitrine. Je me suis creusé la tête et j’en suis venu à la conclusion que la réponse est : rien. Ce sont deux mondes à part, et il faudrait que maître Capello se marie à Lara Croft pour que les deux soient conciliables.

Pourquoi parler d’eux ? Parce qu’on m’a souvent posé la question (parfois de façon rhétorique) « Les concepteurs de jeux vidéos sont-ils l’avenir du serious game ? ». Les gens disent surtout que les jeux pourraient devenir de plus en plus élaborés, avec des graphismes époustouflants, et que ce seraient donc les entreprises de développement de jeux vidéos qui seraient le mieux à même de s’implanter sur ce marché de niche qu’est encore le serious game.

Quand on me pose cette question, donc, je réponds « non ». Non, parce que faire du serious game, c’est répondre à une problématique de formation, et qu’il ne faut pas que le contenant prenne le pas sur le contenu. Non, parce que les gens qui demandent du serious game ne sont pas les mêmes que ceux qui s’amusent avec Mario ou Pro Evolution Soccer et qu’on ne s'adresse pas à tout le monde de la même façon. Non, parce que les budgets des jeux vidéos et ceux des serious games n’ont rien à voir. Non enfin, parce que les entreprises de jeux vidéos devraient alors intégrer des pôles pédagogiques à leur structure, et que ce n’est peut-être pas ce qu’ils souhaitent. Pourquoi payer plus de ressources et gagner moins ?


Serious Games et pouvoirs publics

Vendredi 28 mars 2008
En passant devant le Ministère de la Crise du Logement, rue de la Banque à Paris, je me suis dit que l’Etat ne jouait pas pleinement son rôle face aux grands enjeux du XXIème siècle. En ce qui nous concerne, c’est-à-dire les serious games, force est de constater que les pouvoirs publics sont encore frileux (et c’est un euphémisme !). A part quelques initiatives telles que Cyber Budget, la sphère publique ne se mêle pas de jeux sérieux. Pourtant, si on regarde ailleurs, on voit que les Etats-Unis sont impliqués en force dans le serious gaming, que ce soit dans le secteur militaire ou ceux de la santé et de l’éducation. Et chez nous, le potentiel est énorme, et nos entreprises l’ont compris depuis longtemps.

Alors pourquoi ce manque d’intérêt de la part des pouvoirs publics français ?

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L’homme qui a vu l’ours

Mercredi 12 mars 2008
Si le Vélib’ a la cote à Paris, nos voisins d’Outre-Manche s’inquiètent de la prolifération des bicyclettes à Londres. Non pas que le vélo déplaise aux Londoniens, le problème viendrait plutôt du nombre d’accidents liés aux deux-roues. Contrairement à Amsterdam où la bicyclette est reine, et où les conducteurs sont habitués à voir débouler les vélos en masse, Londres (et Paris) ne sont pas (encore) des villes à vélos. C’est pourquoi Transport for London a décidé de faire une campagne destinée à sensibiliser les automobilistes à faire plus attention aux bicyclettes. Cette campagne, Do The Test est une vidéo très maline qui atteint son but. A force de focaliser son attention sur un élément, on en oublie complètement le reste. Et on se fait avoir. Moralité : ce n’est pas parce qu’on parle de vélos qu’il faut avoir la tête dans le guidon.

Pédagogiquement, le concept est aussi très intéressant si on le met en perspective. Car tout jeu sérieux à un parti pris : et faire attention à une question ou un énoncé empêche de prendre du recul. On ne peut pas faire attention à tout tout le temps. Et si un jeu destiné à apprendre un contenu pédagogique se révélait être un arbre qui cache la forêt ?


Bouchon de campagne

Vendredi 7 mars 2008
En ouvrant mon journal ce matin, mon regard a été irrémédiablement attiré par un visuel à la Sim City représentant l’A6 en pleine migration pendulaire, un visuel à faire voir rouge le bison le plus futé. En plein milieu de la page, un chiffre – 400 000-, et un logo –ANPE. Le chroniqueur que je suis se dit ‘tiens, l’ANPE s’est mise au serious game’. Je me mets donc à lire le contenu en baseline : « 400 000 personnes vont chaque jour sur anpe.fr pour gagner du temps ». Gagner du temps … embouteillages… Sim City… Il dit qu’il ne voit pas le rapport, le chroniqueur.

Je cherche donc à en savoir plus. Je cherche des informations susceptibles d’éclairer ma lanterne. L’agence pour l’emploi explicite la campagne sur son site : « Décalée dans ses univers graphiques et visuels, [la nouvelle] campagne [de l’ANPE] met en avant la simplicité d’utilisation et l’efficacité des outils et services du site, tant pour les demandeurs d’emploi que pour les employeurs ». Cette explication à la limite du fumeux ne me satisfait pas. Pourquoi utiliser ce genre de visuels ? Pourquoi parler de simplicité d’utilisation et de gain de temps alors que je vois des files de voitures à la queue leu leu. Je prends soudain peur : 400 000 personnes autour de moi, les embouteillages du matin pour aller au travail, une population qui grouille. Je me mets dans la peau d’un demandeur d’emploi : et à sa place, une telle campagne me donnerait plutôt envie de rester sous la couette !


Mon frigidaire, mon armoire à cuillères, mon évier en fer et mon poële à mazout

Lundi 28 janvier 2008
Ce n’est pas à proprement parler un serious game, mais c’est tout aussi ludique et pédagogique, et c’est accessible sur le web. The Story of Stuff est un docu-web engagé et semi-animé sur le cycle de vie des biens de consommation. Réalisé par Annie Leonard, activiste américaine et experte en développement durable, the Story of Stuff explore chaque étape de ce cycle, de l’extraction des ressources à l’incinération d’un iPod, et son impact sur l’économie globale, l’environnement et la santé. Annie Leonard dresse un portrait au vitriol des problèmes connus et cachés corollaires à la consommation à tous les échelons : épuisement des ressources naturelles, pollution à grande échelle, incitation à la surconsommation avec la bénédiction des instances politiques… La réalisation est soignée, les explications claires et simples, le ton cynique : le documentaire fait mouche et on ressort du film un peu ébranlé. Il est désormais entendu que je ne regarderai plus mon iPod de la même manière. Plus qu’un constat alarmant sur les causes et les conséquences de la société de consommation, plus qu’un regard attristé sur un monde où le lait maternel est un poison violent et où 99% des biens consommés ne sont pas "durables" (étant tous, en moyenne, jetés dans les 6 mois suivant la date d’achat), The Story of Stuff est une réflexion philosophique sur le rôle de l’individu. Je ne vaux pas mieux que mon iPod… à moins de réagir. Vite.